
je ne sais pas qui je suis
je ne sais pas qui je suis je viens de terres très lointaines tant de sangs en moi sont tourmentés mon grand'père était oriental et j'ai on me l'a dit une aïeule juive je ne sais pas qui je suis mes lèvres n'acceptent jamais les lèvres présentes je sais qu'il doit exister des lèvres meilleures je ne sais pas où là-bas et mes lèvres sont tendues vers les inexistences toujours
ils m'ont dit votre marche est indolente vos paroles ont des lenteurs chantantes elles sont toutes de douceur ils m'ont dit aussi avec leurs yeux déchirés d'amertume vous avez des sursauts cruels vous étranglez les cœurs avec vos dents ardentes et votre inconscience est terrible
je ne sais pas j'ai parfois des yeux qui ne sont plus les miens je viens de terres si lointaines et tant de races tant de passions jouent en moi mon grand'père était oriental mon aïeule on me l'a dit était une juive qui avait des yeux merveilleux
mes yeux sont pleins d'horizons dorés j'ai mes mains lourdes de tendresse sans cesse mon corps appelle les corps et je n'ai jamais trouvé celle des mains douces et de mes rêves fervents je vais incliné vibrant vers d'incertaines beautés parfois m'a serré le désir du vulgaire et mes contradictions sont immenses
parce que mes yeux sont noirs frissonnant de sensualités profondes parce que ma peau est brune l'on me demande d'où je viens et qui je suis
je sais que je viens de terres très lointaines là les mers sont couleur de beau ciel les soirs elles pleurent d'étranges agonies en des couleurs qui ont déteint dans mon âme je ne sais pas les chanter mais elles sont berçantes et nostalgiques comme mes mers étales
je sais que je viens de très loin mais je ne sais pas qui je suis mes solitudes et mes absences incomparables ne me l'ont jamais appris
Guy Levis Mano
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Jean des Brumes

Jean des Brumes mon frère, Jean des Brumes.
Il parlait aux vents aux nuages Il savait le secret des sources, des feuillages C'est par lui que j'ai su tous les charmes, les sorts. Jean des Feuilles ! Ses yeux étaient des rameaux d'or Cueillis à des forêts lointaines Où l'on entend sonner du cor ... Ses chansons étaient des sirènes ... Ses chansons nous donnaient un vertige inconnu. Jean Royal ! qui marchait pieds nus Que les filles aimaient sans se rassasier Jean des amours, Jean des baisers En méchante veste de toile. Avec son archet fabuleux, Il appelait chaque étoile Par le nom que savent les dieux Et des vergers du ciel, en des bruissements roux Elles venaient autour de nous Comme des bêtes familières ...
Un soir il est parti dans le vent fauve et long Attiré par des musiques sorcières Au pays enchanté des mille violons. Ah ! longtemps, si longtemps nous l'avions appelé ... Mais lui, par des chemins voilés N'entendait déjà plus les choses de la terre. Il eût fallu suivre ses pas Combattre autour de lui, des forces millénaires. Nous autres, nous ne savions pas.
Il est devenu Jean des Brumes C'est son violon qui pleure au dehors Il voudrait rentrer sous le toit qui fume Comme jadis, quand nous étions les sept Kieffer Sept réunis, joyeux, si forts contre l'hiver On dit qu'il est mort Mais il erre au loin, à travers les sphères Il revient par les soirs d'éclairs Et j'ai reconnu son archet Comme un cristal, parmi les cuivres du tonnerre Je l'entends ce matin, doucement me chercher Sur la grève, autour des rochers ...
Mais nous nous retrouvons toujours au fond des nuits Par des vallons bleuis Par des gorges profondes A la maison dans l'autre monde. Il apporte pour nous, les écharpes des dunes Les gemmes du couchant, les parchemins stellaires Au jardin d'oiseaux-lunes, Il cueille des fruits-fleurs, il rit avec ma mère Il prend dans l'étang vert, des petits poissons-fées Qui glissent dans ses doigts Et ce sont les jours perdus d'autrefois Ruisseaux, kobolds, sous-bois aux branches de fumée Nous sept et la forêt.
Et maintenant, je vous dirai : Lui, qui connaissais les secrets Les chansons fraîches et brûlantes Lui, qui savait les mots du ciel Est-ce que les hommes sots et cruels Méritaient qu'il restât près d'eux ?
O Jean mon frère, Jean des Dieux O Jean, des étoiles filantes ...
Jane Kieffer Prix Apollinaire en 1961
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Indignation
Indignation
J'aurais bien voulu vivre en doux ermite, Vivre d'un radis et de l'eau qui court. Mais l'art est si long et le temps si court ! Je rêve, poignards, poisons, dynamite.
Avoir un chalet en bois de sapin ! J'ai de beaux enfants (l'avenir), leur mère M'aime bien, malgré cette idée amère Que je ne sais pas gagner notre pain.
Le monde nouveau me voit à sa tête. Si j'étais anglais, chinois, allemand, Ou russe, oh ! alors on verrait comment La France ferait pour moi la coquette.
J'ai tout rêvé, tout dit, dans mon pays J'ai joué du feu, de l'air, de la lyre. On a pu m'entendre, on a pu me lire Et les gens s'en vont dormir, ébahis ...
J'ai dix mille amis, ils ont tous des rentes. Combien d'ennemis ?... Je ne compte pas. On voudrait m'avoir aux fins des repas, Aux cigares, aux liqueurs enivrantes.
Puis je m'en irais, foulant le tapis Dans l'escalier chaud, devant l'écaillère; Marchant dans la boue ou dans la poussière, Je retournerais à pied au logis.
Las d'être traité comme les Ilotes Je m'en vais aller loin de vous, songeant Que je ne peux pas, sans beaucoup d'argent, Contre tant de culs user tant de bottes.
(Le collier de griffes)
Charles Cros
Wikipédia
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No Parking
No Parking
No Parking.
Notre temps propre comme un canon, tiré à quatre épingles
comme une bombe atomique.
No Parking.
Un tel : service militaire dans la poésie, a rempilé dans la lit-
térature. Tel autre verse maintenant dans l'utilitaire.
Pureté, impureté, saluez, ô ménauposes.
No Parking.
On s'entre-tue et le même philosophe arme les bras dans un
camp et dans l'autre. Entre les mains de l'homme les idées pour-
rissent.
No Parking.
Vos intelligences idiotes, vos coeurs d'ardoise et vos habits de
soie en duralumin.
No Parking.
De grâce, messieurs, laissez respirer, l'hiver, l'odeur du bois qui
brûle, l'été, la vibration de l'air bleu et, en toute saison, l'amour
qui se dénude.
L'amour, le jeu, la mer.
De grâce, quelque répit dans vos projets bien intentionnés
d'amélioration de tout.
No Parking. No Parking.
Ecoutez-moi :
Des enfants jouent aux osselets, au diabolo, à la marelle.
Ils ont le geste tendre, la main brutale, le vêtement sans excès,
la grâce sur terre.
Le trèfle, vaporisé de bruine, recouvre les trottoirs. Et s'il plaît
à la clématite, nous oublierons le sens de la colonne Vendôme
pour n'y plus voir qu'un ahurissant pistil de bronze.
Quelqu'un est passé là. Les morts s'enfoncent sous l'herbe
brossée.
Les filles ont des baisers qui sollicitent et le troène sent l'amour.
Le silence ne s'achète pas, il faut qu'on vous l'offre.
Georges Hugnet
Tags : Georges Hugnet No Parking
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Berceuse

Berceuse
Endormons-nous, petit chat noir. Voici que j'ai mis l'éteignoir Sur la chandelle. Tu vas penser à des oiseaux Sous bois, à de félins museaux... Moi rêver d'Elle.
Nous n'avons pas pris de café, Et dans notre lit bien chauffé (Qui veille pleure.) Nous dormirons, pattes dans bras. Pendant que tu ronronneras, J'oublierai l'heure.
Sous tes yeux fins, appesantis, Reluiront les oaristys De la gouttière. Comme chaque nuit, je croirai La voir, qui froide a déchiré Ma vie entière.
Et ton cauchemar sur les toits Te diras l'horreur d'être trois Dans une idylle. Je subirais les yeux railleurs De son faux cousin, et ses pleurs De crocodile.
Si tu t'éveilles en sursaut Griffé, mordu, tombant du haut Du toit, moi-même Je mourrai sous le coup félon D'une épée au bout du bras long Du fait qu'elle aime.
Puis hors du lit, au matin gris, Nous chercherons, toi, des souris, Moi, des liquides Qui nous fassent oublier tout, Car au fond, l'homme et le matou Sont bien stupides.
Charles Cros
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. A la Palestine !
" Tu sais, tu sais, la Palestine ne se soumettra jamais ...
Grands, fiers, forts, dignes,
Resteront les enfants de Palestine.
Blanc, vert, rouge, noir,
Sont les couleurs de la lutte et de l'espoir "
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